Au Sahel, une solution au manque de services publics consiste à les remplacer par des unités mobiles ou distancielles, offrant une alternative au repli communautaire.
Une étude publiée par l’AFD (Agence française de développement) ce 28 novembre 2025 analyse les liens, au Sahel, entre l’accès aux services publics, ou plutôt le manque d’accès, et les difficultés des populations en matière de sécurité. Ce, pour plaider en faveur de la restauration des services publics, même si ceux-ci peuvent prendre la forme de structures itinérantes, mobiles, du moins à titre provisoire.
Les pays étudiés subissent tous les mêmes réalités, bien que leur perception ne soit pas forcément identique. « Si, en Mauritanie, les populations sont insatisfaites des prestations offertes et demandent plus à l’État, au Burkina Faso, l’enjeu est de rétablir la confiance en un État dont on n’est plus tout à fait sûr qu’il soit celui qui impose les normes, tandis qu’au Mali, il s’agit de changer la manière même dont l’État se manifeste », écrivent les auteurs.
Enfin, les nouvelles technologies changent la donne, estiment les auteurs qui détaillent ce qu’ils nomment le « Service public distanciel ».
Qui précisent que la « confiance » n’est pas un concept moral ou philosophique, mais un « opérateur », c’est-à-dire, selon la perception des populations, « un travail qui consiste à être dans la vérité ». Dès lors, « lier justice et service public, c’est réintroduire l’équité dans le service public, justifiant le désir d’un retour de l’État auquel les populations pourront faire confiance ». Cette confiance passe par une logique de réciprocité. On retrouve cette dernière dans les partenariats entre l’État et les ONG, par exemple. Au Sahel, ces partenariats sont rendus difficiles par la différence d’appréciation des uns et des autres au sujet des besoins des populations.
Les services publics fonctionnent également par la collaboration entre les services de l’État et les instances communautaires.

C’est là qu’apparaissent les services publics ambulants. En Mauritanie, le Groupement des chameliers de la Garde nationale apparaît comme une réussite ; son adaptation est possible dans d’autres régions du Sahel, comme à Gao, au Mali, etc. Cette approche réhabilite l’imaginaire nomade des populations, frustrées d’y renoncer, et permet de pallier les problèmes liés à l’utilisation de véhicules motorisés, comme au Niger.
Le recours aux marchés forains
L’idée consisterait à concevoir des espaces multiservices itinérants, auxquels accéderaient les habitants de la localité et les populations mobiles des environs. Ce dispositif pourrait proposer des services de soins ambulatoires et de vaccination, d’état civil, d’audiences foraines, de vulgarisation agricole, de soins vétérinaires, etc. Tout cela pourrait prendre différentes formes.
À ce dispositif s’ajouterait la réalisation et l’actualisation permanente d’une cartographie géo-référencée des guichets fixes et mobiles, en lien avec les populations sédentaires et celles en mobilité (transhumance, commerce, marché forain). Cela permettrait de programmer les interventions et de concevoir un système d’information et d’alertes destiné aux populations.
L’une des formes, donc, est celle existante des marchés forains, à la fois permanents et ambulants à l’intérieur d’un espace défini par l’existence de localités accueillant le marché, l’équipe de Mauritanie a fait valoir l’idée qu’ils pourraient constituer des espaces multiservices itinérants, auxquels accéderaient les habitants de la localité qui accueille le marché hebdomadaire, ainsi que les populations mobiles des environs. Cette configuration, qui s’ancre dans la notion de « centralité mobile » pourrait alors proposer des services de soins ambulatoires et de vaccination, d’état civil, d’audiences foraines, de vulgarisation agricole, de soins vétérinaires, etc.
« À moyen terme, cette expérience pourrait évoluer vers la construction de centres multiservices fixes auxquels pourraient s’ajouter un accès à l’eau, l’éducation, les télécommunications et l’énergie. »
Bien sûr, les services publics ne peuvent pas n’être que « mobiles », et l’État doit faire fi des distances pour organiser leur maillage sur le territoire. Dans de nombreux cas, le découpage administratif n’est pas pertinent, ce qui nuit au maintien des organismes publics décentralisés.
Enfin, les nouvelles technologies changent la donne, estiment les auteurs qui détaillent ce qu’ils nomment le « Service public distanciel ». À travers les réseaux de l’Internet et les nouvelles technologies, cet instrument vise notamment l’enseignement à distance ; il permet aussi, grâce à la numérisation, de délivrer les services de l’état civil ou du cadastre. Sans compter les outils d’information du grand public que sont la radio, la télévision, ainsi que les smartphones.
@NA
SOURCE/https://magazinedelafrique.com/politique/les-services-publics-mobiles/